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   PAROLE D'ACTEUR

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Interview de Roger LE GOFF
Président de la Communauté de communes du Pays Fouesnantais (29) et administrateur de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne

Roger LE GOFF, vous êtes président de la Communauté de communes du Pays Fouesnantais (29), administrateur à l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, présentez-nous les caractéristiques de votre territoire ?
Situé en Sud Finistère, notre territoire est marqué par une forte emprise maritime que ce soit au niveau du périmètre du Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SAGE) Sud Cornouaille, des bassins versants " algues vertes " et de la Communauté de communes. Les principales activités économiques qui en découlent sont l’agroalimentaire, le tourisme la conchyliculture, le nautisme…. L’agriculture, notamment les systèmes de polyculture élevage, demeure une activité importante. La production de légumes " industriels " constitue une autre spécificité du territoire.
La préservation de la qualité de l’eau et des milieux est donc un enjeu primordial pour le maintien de ces activités. Une attention particulière est portée sur la gestion de la ressource en eau ainsi que sur le traitement des eaux usées du fait de la multiplication par quatre de la population en été.

En tant qu’élu, qu’est-ce qui vous motive dans cet enjeu de reconquête de la qualité de l’eau ? Comment vivez-vous cette responsabilité ?
L’eau est une richesse inestimable, un patrimoine qui n’appartient à personne. Pourtant tout le monde l’utilise et la pollue. La protection de la planète, dont l’eau est un des éléments, fait partie des missions des élus. C’est de notre responsabilité de transmettre aux générations futures un patrimoine en meilleur état que celui que nous avons reçu !
Sur notre territoire, les trois principaux enjeux liés à l’eau sont l’alimentation en eau potable, la qualité des eaux de baignade et la lutte contre les algues vertes. Aussi, au-delà de nos obligations inhérentes à la protection de la ressource en eau, nous avons mis en place une politique volontariste de reconquête de la qualité de l’eau depuis la fin des années 90 à travers différents dispositifs tels que les opérations " bassins versants ", le SAGE, le Plan de lutte contre les algues vertes, Natura 2000….
L’un des principaux leviers d’action consiste à promouvoir une agriculture durable et notamment l’agriculture biologique. A ce titre, un objectif de 10% de la Surface Agricole Utile (SAU) en Bio a été fixé sur le territoire. La proximité et la réactivité des élus avec les acteurs de terrain conditionnent la réussite d’un tel projet. C’est un véritable contrat de confiance bâti sur la concertation et la transparence.
Ainsi, en 2010, nous avons décidé de nous appuyer sur une équipe pluridisciplinaire en régie -afin d’apporter un conseil au quotidien auprès des agriculteurs, des particuliers, des élus locaux - mais également sur des agriculteurs volontaires et moteurs. Cette stratégie est un succès sur le plan quantitatif puisqu’en décembre 2014, 96% des exploitants concernés par le plan algues vertes (PAV) ont été diagnostiqués et 78% de la SAU est engagée dans des améliorations de pratique.
Néanmoins, le rôle des élus a ses limites notamment en termes de pouvoir de police. L’implication des services de l’Etat est essentielle pour aller au bout de notre action ainsi que l’engagement de la profession agricole. Nous regrettons que les objectifs commerciaux de certains organismes agricoles prennent souvent le pas sur le conseil qu’ils devraient apporter aux exploitants….
La lourdeur administrative, la divergence entre certaines directives européennes, la discontinuité entre les différents dispositifs sont également des freins à la dynamique que nous avons engagée et peuvent essouffler un certain nombre de partenaires !

Votre bassin versant a été classé en 2010 bassin algues vertes avec exigence de résultat à la clé pour 2015. Avec le recul, ce classement a-t-il contribué à la lutte contre les pollutions diffuses d’origine agricole ? Ce dispositif a constitué une réelle opportunité pour le territoire. Il a permis d’une part, de légitimer l’intervention des élus locaux dans le domaine agricole et surtout de mettre autour de la table, des acteurs d’horizons différents afin de répondre à un objectif d’intérêt général. Les débats ont été constructifs et parfois très agités ! Mais nous avons trouvé un consensus avec la signature du plan algues vertes par l’ensemble des partenaires (collectivités, profession agricole, associations environnementales, Etat).
Le PAV est un plan d’actions ambitieux qui se décline en deux axes. Le premier, curatif, prévoit la création d’une usine de compostage d’algues vertes confinée pour une capacité de traitement de 20000 tonnes/an et un coût de 5.4M€. Le second, préventif, s’articule en trois volets principaux (agricole et agroalimentaire, zones tampons naturelles, assainissement) et un volet plus transversal relatif à la gouvernance, la sensibilisation et le suivi des indicateurs (notamment qualité de l’eau). Le volet agricole et l’engagement des intéressés constituent la clé de voute de ce programme. En plus de l’accompagnement individualisé, des actions innovantes ont été engagées : expérimentation de nouvelles pratiques agronomiques, gestion du foncier, valorisation économique des produits locaux, etc.
Lors de l’élaboration du PAV, les acteurs locaux ont activement participé, respectant des délais très courts et faisant preuve d’innovation comme il était demandé.
Aujourd’hui, bien qu’elles soient inscrites dans le programme, certaines actions n’ont pu aboutir en raison de la rigidité des dispositifs réglementaires et financiers : parrainage, mesures agro-environnementales, aides de minimis….Les élus se sont engagés en 2012 en conditionnant la réussite du projet à un certain nombre de prérequis. Aujourd’hui de nombreuses réserves ne sont toujours pas levées.

S’il y a consensus sur l’intérêt économique et écologique de développer l’agriculture biologique, dans la pratique, élus et agents des collectivités peinent à l’afficher publiquement et ce mode de production peine à émerger, qu’en est-il sur votre territoire ?
Effectivement, la promotion de l’agriculture biologique a représenté un sujet tabou pendant de nombreuses années. Le bio, c’est avant tout, une prise de conscience, un changement de mentalités, de mode de consommation.
L’agriculture bio demande de réintroduire l’agronomie au cœur des pratiques agricoles. C’est pourquoi, il faut aussi du temps aux agriculteurs pour se former et transformer leur système tout en maintenant la viabilité économique de leur exploitation. Nous avons la chance sur le territoire d’avoir un exploitant " pionnier " en la matière (converti depuis 1990), reconnu aujourd’hui auprès des conventionnels, son expérience montre que le bio, ça fonctionne !
Néanmoins, si l’agriculture bio a toute sa place sur le territoire, les autres systèmes de production doivent également cohabiter. Nous tissons des passerelles entre les différents systèmes de manière à favoriser les échanges et développer des pratiques plus vertueuses.
Actuellement, la part de la SAU en bio est de 4.3%. Dans le cadre du PAV, comme indiqué, nous avons fixé l’objectif de 10%. Pour les atteindre, nous nous sommes engagés à valoriser les produits via les circuits courts, en ciblant dans un premier temps la restauration collective (40% de produits locaux dont 20% en bio), puis les acteurs économiques.
En tant que collectivité, nous devons montrer l’exemple avant de sensibiliser les particuliers, ce que nous faisons également pour la problématique des pesticides !
Notre objectif à termes, est de rendre le bio accessible à tous, en proposant aux agriculteurs des outils facilitant leur installation ou conversion et en travaillant sur l’attractivité des prix pour les citoyens !

Vous venez d’intégrer le dispositif national sites pilotes Eau & Bio (cf. dossier thématique), est-ce que cela dessine une nouvelle ambition territoriale pour ce mode de production ?
L’intégration au réseau des sites pilotes Eau et Bio mis en place par la FNAB nous apparait comme une véritable opportunité pour bénéficier de retours d’expérience, d’outils et de méthodes de travail déjà mises en place. Le label Eau et Bio nous permet par ailleurs d’optimiser la promotion de notre démarche sur le territoire et surtout d’être reconnus pour les actions que nous menons.
Peut-être pourrons-nous alors étendre notre expérience au-delà de nos frontières administratives et hydrographiques ?

Les évaluations réalisées ces derniers mois sur les PAV par la région Bretagne et l’Agence de l’eau Loire-Bretagne (AELB) mettent l’accent sur la nécessité de changer de paradigme, de co-construire des projets intégrés de gestion de l’espace pour plus d’efficacité : des projets de territoire. Vous co-organisez le 16 juin prochain avec la FNAB un séminaire national sur cette thématique, pouvez-vous expliquer en quoi cela vous motive et vous parait vertueux pour tous les acteurs et décideurs sur les bassins versants ?
En tant que site pilote Eau et Bio pour la première année, c’est un honneur pour notre territoire de co-organiser ce séminaire et d’accueillir des acteurs qui partagent les mêmes ambitions.
La Bretagne est engagée depuis plus de 20 ans maintenant dans des opérations contractuelles de gestion de l’eau via les opérations de bassin versant (Bretagne Eau Pure, Pro littoral, PAV, conchylicoles…..). C’est donc avec fierté que nous souhaitons faire partager avec nos partenaires habituels (AELB, Conseil régional, Conseil départemental du Finistère29 et Etat) nos expériences. Nous espérons que les participants seront nombreux pour enrichir la qualité des débats et nous permettre d’avancer ensemble vers les objectifs qui nous animent !





























































































PAROLE D'ACTEUR


Roger LE GOFF, président de la Communauté de communes du Pays Fouesnantais (29)


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